Une facture irrégulière coûte deux fois. Chez le client, elle peut entraîner la réintégration de la charge et le rejet de la TVA déduite. Chez le fournisseur, elle expose à des amendes et, dans les cas graves, à des poursuites pénales. Avec la généralisation de l’identifiant commun de l’entreprise (ICE), le croisement des données et l’arrivée de la facturation électronique, l’administration détecte de mieux en mieux les anomalies.
Ce guide rappelle ce qu’exige la loi, sans tenir lieu de modèle : chaque activité a ses particularités.
L’article 145-III du CGI impose de délivrer des factures pré-numérotées et tirées d’une série continue, ou éditées par un système informatique selon une série continue. Elles comportent, en plus des indications commerciales habituelles :
S’y ajoutent l’ICE du vendeur, sur les factures comme sur toutes les déclarations fiscales (article 145-VIII). Pour une SARL, il faut aussi la dénomination suivie de la mention « SARL », le capital social, le siège et le numéro d’immatriculation au registre du commerce (article 45 de la loi n° 5-96).
Pour les ventes aux particuliers, le ticket de caisse peut tenir lieu de facture s’il comporte au moins la date, l’identification du vendeur, la désignation, la quantité et le prix, avec la TVA le cas échéant.
L’article 145-IX du CGI impose aux entreprises soumises à l’IS, à l’IR au régime du résultat net réel ou simplifié, et aux assujettis à la TVA de se doter d’un système informatique de facturation répondant aux critères techniques fixés par l’administration. Les modalités sont fixées par voie réglementaire, secteur par secteur. Chaque contribuable doit en outre disposer d’une adresse électronique (article 145-X).
Cette obligation figure dans le CGI depuis la loi de finances 2018, mais son texte d’application n’avait pas encore été publié au Bulletin officiel début octobre 2026 (article 145-IX). Selon le directeur général des impôts, cité par la presse en avril 2026, le déploiement sera progressif : d’abord les opérations entre entreprises, en commençant par les grandes entreprises ; le décret en fixera le calendrier. Nous suivons leur publication pour nos clients : un outil de facturation choisi aujourd’hui doit pouvoir s’y conformer.
Une facture parfaite ne suffit pas si le mode de règlement n’est pas admis. Les dépenses réglées autrement que par chèque barré non endossable, effet de commerce, moyen magnétique, virement, procédé électronique ou compensation documentée ne sont déductibles que dans la limite de 5 000 dirhams par jour et par fournisseur, et de 50 000 dirhams par mois et par fournisseur (article 11-II du CGI). Une limite comparable s’applique à la TVA (article 106-II). Les amortissements des immobilisations ainsi payées ne sont pas déductibles.
Même parfaitement facturées, certaines dépenses ne sont pas déductibles :
En TVA, n’ouvrent pas droit à déduction, notamment (article 106-I) :
La facture ne reste pas dans vos classeurs. Ses données se retrouvent dans vos déclarations, et dans celles de vos clients et fournisseurs :
Une facture que le client déduit mais que le fournisseur n’a pas déclarée, ou un ICE qui ne correspond à rien, ressort donc des recoupements. C’est souvent ainsi que commence un contrôle ciblé.
Le délai de paiement entre entreprises est encadré par le code de commerce, tel que modifié par la loi n° 69-21 :
La date de la facture et les conditions de règlement qu’elle mentionne ne sont donc pas un détail. Elles servent de base à ces calculs.
L’achat doit être réellement réalisé. Lorsque la facture émane d’un fournisseur qui ne remplit pas ses obligations et n’a pas d’activité effective, la déduction n’est pas admise. La DGI publie la liste des identifiants fiscaux des fournisseurs défaillants, après jugement définitif. La même règle vaut pour les factures émises par une entreprise inactive au sens de l’article 228 bis (article 146), sauf si le client détient une attestation fiscale de l’exercice prouvant l’activité du fournisseur (attestation de chiffre d’affaires, bilan certifié, attestation de régularité fiscale).
Une facture incomplète peut être régularisée pendant la procédure contradictoire de contrôle (article 11-III). Mieux vaut ne pas en arriver là.
Nous :
Pour une revue de vos pratiques, voyez notre offre d’expertise comptable et notre pôle fiscal et juridique, puis contactez le cabinet.